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La sale guerre du divorce

 

Il n'y a pas de "beau" divorce comme il n'y a pas de bonne guerre.

Le divorce, c'est la guerre, écrit Françoise Chandernagor dans La première épouse, pas une guerre de "pros" ou de mercenaires, nette et sans bavure, mais une guerre d'amateurs, de "civils", la pire qui soit. Les images employées par Françoise Chandernagor sont saisissantes et mettent à mal les théories à la mode du divorce en douceur et sans douleur.

 Le divorce est fait pour détruire, arracher, broyer

C'est une épreuve terrible sur le plan personnel, il ne faut pas s'étonner si les compagnies d'assurances le placent plus haut que le déménagement, le deuil ou l'incendie sur l'échelle des traumatismes. C'est qu'avec le divorce, on a tous les malheurs en un : le deuil (on perd son mari), le déménagement (on perd sa maison),  l'incendie (on perd ses meubles).

Le ton est donné dès les premières pages et l'héroïne de F. chandernagor décrit une souffrance presque physique :

"Je suis en deuil de mon mari et, parce que ce mort vit, je suis en deuil de sa famille, de ses amis. (...) c'est moi qu'on a coupée en deux. Me voilà diminuée de cette mémoire qu'en m'épousant, il m'apportait.

Aujourd'hui, c'est ce passé qui me renie, sa lignée qui me répudie : ses parents, frères, soeurs, cousins voient "la nouvelle", quoi de plus naturel ? (...) Mon mari m'a détachée de lui, je dois me détacher d'eux. Vingt-cinq ans à partager le même nom, les mêmes tables, les mêmes morts et, du jour au lendemain, plus rien de commun : "belle-soeur", "beau-père", "belle-mère" ; des mots auxquels je n'ai plus droit, des mots qu'une autre emploiera."

 Il n'y a pas de divorce sans souffrance

... surtout pour celui qui est abandonné.

On farde le divorce comme on farde la mort, on vous sert à l'envi le poncif de la nouvelle vie ou, pire, on vous assène l'argument statistique : un ménage sur deux explosant en vol à Paris, il n'y a pas lieu de faire une tragédie de quelque chose qui n'est qu'un banal accroc de l'existence ! Raisonnement imparable que l'héroïne de F. Chandernagor réduit à néant :

"Pardonnez-moi : il meurt chaque année cent millions d'hommes, mais quand je mourrai, pour moi ce sera la première fois. J'entre dans la statistique, mais la statistique n'entre pas en moi."

 Quand une famille chavire, c'est le sauve-qui-peut des passagers

L'héroïne de La première épouse a quatre grands fils au moment de son divorce. Elle note avec amertume que le divorce les a non seulement fait partir plus tôt que ne le font les enfants de leur génération, mais aussi qu'ils se sont éloignés séparément. "L'anneau s'est brisé, les enfants "se cassent" ", constat féroce, mais ô combien réel.

 Reconstruire sur un champ de ruines

Après une telle tempête, une telle remise en cause personnelle, rien d'étonnant à ce que l'épouse délaissée mette deux ou trois ans avant de reprendre timidement goût à l'existence et d'envisager à nouveau un semblant d'avenir.

Le divorce est un cataclysme dont on ressort profondément transformé. Nier ou - à tout le moins - minimiser les traumatismes qu'il génère n'est pas un service à rendre aux personnes concernées.

Si l'on veut vraiment aider quelqu'un qui est pris dans la spirale du divorce et de la dévalorisation de soi, il faut avant tout savoir être aimant et patient... et laisser du temps au temps. Merci à F. Chandernagor d'avoir su montrer tout cela dans un roman poignant et attachant !

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