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Le clonage

le point de vue de Jacques Bichot

 Quelques propos tenus par Ian Wilmut, concepteur de la brebis Dolly, ont fait renaître les débats relatifs au clonage humain. Le but serait thérapeutique. Il s’agirait, semble-t-il, de produire des embryons ayant le même code génétique que la personne à soigner, de façon à réaliser à partir de ces embryons des cultures de tissus parfaitement compatibles, évitant les rejets de greffes.

Cette utilisation du clonage serait donc un cas particulier de l’utilisation thérapeutique des embryons, qui a de plus en plus le vent en poupe. On a commencé par “récupérer” des tissus fœtaux sur des “résidus d’I.V.G.”, en se disant que c’était dommage de “laisser perdre” une matière biologique susceptible d’apporter la guérison à certaines personnes. Ensuite on s’est mis à fabriquer les embryons voulus en laboratoire, car les fœtus tués par IVG ne sont pas assez “jeunes” pour certaines applications. Maintenant, on cherche à développer le sur-mesure, en fabriquant l’embryon le plus apte à fournir des tissus à telle personne : le clonage à partir d’une cellule prélevée sur cette personne est pour cela une voie de recherche prometteuse, que beaucoup de scientifiques sont pressés d’explorer.

 Tout cela est la conséquence logique d'un postulat : l’embryon ne serait pas un membre de la communauté humaine ayant droit au respect et (compte tenu de sa vulnérabilité) à la protection, mais un amas de cellules pouvant être traité comme une matière première biologique si cela est utile à de “vrais” hommes.

 Ce postulat est-il lui-même logique ? Est-il cohérent de considérer l’homme adulte comme une personne, alors même que l'on réduit son origine à un simple amas de cellules ? Si l’homme adulte est un être digne, une fin en soi, s’il est impossible de le réduire à n’être qu’un moyen sans commettre un crime contre l’humanité, pourquoi en irait-il autrement de l’embryon ; de l’œuf fécondé qui porte en lui tous les prémices de l'homme achevé ?

 On objectera que certains embryons font l’objet d’un projet parental, d’un projet qui vise donc leur développement, leur passage à l’état de personne humaine accomplie, tandis que d’autres ne font l’objet que d’un projet thérapeutique ou scientifique. Les uns seraient de l’ordre des fins, les autres de l’ordre des moyens. Mais cette distinction est révoltante. Elle nous plonge en plein subjectivisme : ce qui ferait la valeur d’un embryon, ce qui fonderait le respect qu’on lui porte et le soin que l’on doit prendre de lui, serait seulement notre projet à son égard.

 Cela veut dire que nous ne respectons pas le petit homme in utero pour lui-même, en tant qu’être, mais que nous avons simplement le désir de faire aboutir notre projet. L’embryon est le moyen  pour nous de devenir parents, il est le moyen de réaliser un désir de maternité ou de paternité ; en l’absence d’un tel désir, il ne serait qu’un amas de cellules, disponible pour les expérimentations ou bon pour l’incinérateur (tel est le cas pour les embryons congelés "surnuméraires", dont la loi prévoit la destruction au bout de cinq ans). En réservant ainsi notre respect à une partie seulement des embryons, nous nions en fait l’humanité de tous les embryons, en ramenant leur dignité à celle du projet que nous avons et dans lequel ils se trouvent jouer un rôle…  

 Il a fallu beaucoup travailler pour que les hommes ne soient plus traités comme de la "chair à canon", et il reste hélas beaucoup à faire dans ce sens. Ne faut-il pas dans le même sens travailler à ce que les embryons ne soient pas traités comme de la "chair à thérapie" et de la "chair à expériences" ? Guérir des malades ou accidentés justifie d'immenses efforts, mais pas d'attenter à la source même de la dignité humaine.

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