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Hommages à de grands militants familiaux

 

 

Alfred Sauvy

Le Capitaine Maire

Emmanuel GOUNOT

 

Gérard Calot

Georges Pernot

 

 

 

Alfred Sauvy 

La mémoire de cet homme mort en 1990 émeut ceux qui ont puisé dans ses écrits le sens de la vérité, le respect des faits, et le goût de la vie.

 17 ans directeur de l'Institut National d'Etudes Démographiques (INED), titulaire de la chaire de démographie au Collège de France, collaborateur de Jean Monnet au Commissariat Général du Plan, auteur de plus de 50 ouvrages, Sauvy n'avait rien d'un intellectuel perdu hors de ses livres. Il a joué au rugby de 10 ans à 72 ans ; il skiait, faisait de l'aviron ; à 75 ans, il s'est encore offert le plaisir d'escalader la façade de l'INED pour aller récupérer un billet d'avion. Il aimait la vie sous toutes ses formes. 

Il l'aimait tant qu'il travaillait à déterminer les conditions propices à sa multiplication. Il a joué un rôle déterminant, peu avant la guerre, en faveur de la politique familiale : le décret-loi dit "Code de la Famille" fut essentiellement rédigé par lui. Et, raconte-t-il dans un de ses ouvrages, il s'en fallut d'un cheveu que le Ministère des Finances ne le fit passer à la trappe: si le téléphone avait convenablement fonctionné à l'intérieur de Matignon, Sauvy n'aurait pas entendu par erreur la conversation de ceux qui voulaient enterrer le texte ; il n'aurait pas été trouver Paul Reynaud, Premier Ministre, dont il était conseiller, pour mettre sa démission dans la balance...

 A la Libération, le quotient familial et les prestations familiales simples et généreuses répondent à son attente. Il leur a toujours attribué un rôle essentiel dans la reprise de la natalité en France, disant par exemple à François de Closets (1) : "depuis 1950, la législation familiale a été réduite. Le montant total accordé a été réduit de moitié. Si nous avions conservé la législation des années 46-47, nous aurions aujourd'hui les deux enfants par femme dont nous avons besoin".

 Sauvy était le zélateur des faits. Il  disait : "Au lieu de regarder les faits et de nous interroger sur les raisons, nous préférons forger une construction agréable qui ne nous vaille aucune mauvaise réputation". Lui-même a toujours préféré le respect de la vérité à sa "réputation", entendons à sa côte auprès des media et des hommes politiques. Après Reynaud, aucun gouvernement n'eut l'intelligence ni le courage de confier à Sauvy une responsabilité opérationnelle importante. Il dérangeait... comme l'a écrit François de Closets : "Etranger à toutes les coteries, à toutes les intrigues, à toutes les vanités, il ne voulait que comprendre et se sentait lié par la seule obligation de professer la vérité". De telles dispositions ne conduisent pas à devenir Ministre. Comme on disait sous la Terreur, "la République n'a pas besoin de savants".

 L'incompréhension dont fut victime Sauvy culmine en matière de retraite. Il en avait conscience, disant : "Il n'y aura pas de retraite demain, s'il n'y a pas d'enfants aujourd'hui. Seulement les Français (et d'autres) ont une vision inexacte de cette question : je disais à une dame connue : "Vous imaginez, Madame, que le Président met vos cotisations dans une tirelire et que "quand vous serez bien vieille un soir à la chandelle", il la brisera, pour vous payer votre pension. Ce n'est pas du tout ainsi que les choses se passent. Votre cotisation, c'est moi qui en bénéficie, et je vous en suis très obligé. Mais quand vous en serez au même point que moi aujourd'hui, vous ne toucherez pas de retraite si vous n'avez pas, comme moi aujourd'hui, quelqu'un pour travailler et vous la payer."

La position de l'UFE concernant la liaison à réaliser entre politique familiale et retraites est en germe dans cette déclaration.

 Oui, Sauvy fut un esprit pénétrant et un humaniste, un homme de coeur. Il réalisa cette alliance de l'intelligence, du bon sens et de l'altruisme dont nous avons un si grand besoin. Il n'a pas de successeur. Sans doute est-il inimitable. Mais la France, l'Europe et le monde auraient le plus grand besoin, premièrement d'un nouvel Alfred Sauvy pour diagnostiquer les problèmes et élaborer les solutions, et deuxièmement d'un Paul Reynaud pour faire confiance à cet Alfred Sauvy et lui confier le soin d'élaborer les mesures qui préparent l'avenir.

J. Bichot

(1): Interview d'A. Sauvy par F. de Closets à l'occasion des 90 ans du premier - Population et Avenir, n°591, décembre 1988

 

 

Georges PERNOT

 

Président de la FNAFF, ministre de la Famille de RAYNAUD, résistant

Né en 1879 à Besançon, Georges PERNOT eut 7 frères et soeurs. Son père était avocat : il suivit ses traces, d’abord au barreau de Besançon puis à celui de Paris. Il fut un avocat particulièrement clair, précis et convainquant. De son mariage en 1905 avec Cécile BAYLE naquirent 7 enfants.

 Volontaire en 1914, il fut grièvement blessé en juin 1915. Ses états de service lui valurent plusieurs citations et la légion d’honneur. A l’issue de la Grande Guerre, il s’engagea dans des responsabilités électives : conseiller municipal de Besançon en 1919, député du Doubs (circonscription de Pontarlier) en 1924. Parallèlement, il entreprit une action au service des familles : en 1920, il fonda avec un industriel une des premières caisses de compensation, ancêtres de nos caisses d’allocations familiales.

En 1921, il créa l’Union des Familles Nombreuses du Doubs ; s’engageant ensuite sur le plan national, il devint en 1930 Président de la Fédération Nationale des Familles Nombreuses. Ce mouvement, l’un des 3 dont la fusion donna naissance en 1947 à FAMILLES DE FRANCE, joua grâce à lui et à se dimension d’homme d’Etat, un rôle très important dans l’élaboration de la politique familiale.

 Georges PERNOT fut ministre pour la première fois en 1929, avant donc son élection à la tête de la Fédération Nationale des Familles Nombreuses. Avec Fernand BOVERAT, le Président de l’Alliance Nationale contre la Dépopulation (devenue aujourd’hui Population et Avenir), il élabora diverses propositions pour instaurer une politique familiale en France, qui aboutirent au Code de la Famille de 1939.

 Lorsque Paul RAYNAUD l’appela pour prendre le ministère de la Santé Publique, en pleine avance des armées allemandes, Georges PERNOT le convainquit de le nommer plutôt Ministre de la Famille. Ce gouvernement ne dura que 11 jours, mais ce fut le premier à comporter un ministère de la Famille...

 Ce ministère dont le mouvement familial demande sans cesse la création aux chefs d’Etat successifs.

Durant l’occupation, Georges PERNOT se réfugia d’abord en zone libre, puis passa dans la clandestinité. Recherché par la gestapo, il lui échappa en se transformant en jardinier d’un couvent franc-comtois.

 Sénateur de 1946 à 1958, il fut sollicité en 1953 pour être candidat à la présidence de la République. Il aurait sans doute été élu, s’il n’avait refusé au profit de son ami René COTY. Il mourut en 1962.

 Tel fut l’homme qui prépara avec Emmanuel GOUNOT et l’abbé VIOLLET, l'unification des associations familiales et la création de « l’institution familiale », l’UNAF et les UDAF. Il aurait pu être le premier Président de l’UNAF, mais préféra laisser Maurice MONSAINGEON exercer cette responsabilité ; il en fut nommé Président d’honneur, ce qui montre à quel point les militants familiaux de l’époque l’estimaient et l’aimaient.

On peut méditer sur l’alliance en Georges PERNOT de l’humilité et de la grandeur. Cet homme eut la possibilité d’occuper les premiers postes ; il ne le fit pas. Les honneurs ne l’intéressaient pas : servir était sa raison de vivre. Il servit la France comme élu et Ministre, il servit la famille comme militant et dirigeant de mouvement : ces deux dimensions de son action étaient complémentaires, et non incompatibles.  

 Pour davantage de précisions, voir « l’évocation de Georges PERNOT » par Anne AGACHE, UDAF du Doubs, 1995, qui est ici résumée.

 

 

Le Capitaine MAIRE

Faire manifester les familles dans la rue, ça n’est pas aussi évident que de soulever le mécontentement de telle ou telle catégorie sociale : les enjeux familiaux, pour être précis et vitaux, n’en sont pas moins diffus, pour ne pas dire dispersés. Une réelle prise de conscience collective des familles entre elles supposent une proximité et une volonté de se battre qui font souvent mauvais ménage avec l’habituel sens de la débrouillardise et de la solidarité dont font preuve les familles.

Un tribun a réussi cet exploit, à une époque où la médiatisation ne  pouvait lui être d’aucun secours : c’est le Capitaine Maire qui réussit, grâce à ses grandes qualités d’orateur, à mobiliser les familles dans la rue en avril 1911 et en mars 1912.

 La paupérisation des familles est telle, comparée à l’enrichissement général du reste de la société, que nombre d’entre elles se retrouvent dans une indigence qui contraste fortement avec l’arrogante insouciance des habiles spéculateurs de l’époque.

 La place des Invalides est submergée par une foule silencieuse, austère, venue malgré l’interdiction du rassemblement, avec femmes et enfants. Les forces de l’ordre se voient obligées d’arrêter le Capitaine Maire, qui vient de proposer à ses manifestants de soulever la poussière en tapant des pieds, ce qui ne fera qu’aggraver la tension déjà palpable, en rendant particulièrement nerveux les chevaux des gendarmes.

 C’est sans compter avec la force de persuasion du remarquable militant qu’est le Capitaine Maire ! Il réussit à convaincre ces messieurs de le conduire auprès de Raymond Poincaré, le Président du Conseil. Ce dernier, en fin politique, lui donne le change, et le Capitaine Maire consent, confiant, à faire disperser sa manifestation.

 

Un an plus tard, comme rien ne vient, le Capitaine Maire réussit à provoquer une deuxième manifestation… qui convaincra un homme qui a les moyens de l’aider dans sa mission semblant vouée à l’échec : le joaillier Chaumet. Mettant à contribution ses finances personnelles, mais aussi les relations influentes qu’il peut avoir, il permet au courageux Capitaine d’obtenir, en 1913, le vote de mesures spécifiquement familiales par le Parlement.

 Chaumet était père de dix enfants. Maire en avait onze.

 C’est en 1908 que ce dernier avait pris le parti des familles nombreuses. Il racontait d’ailleurs lui-même ce qui l’amena à agir. Un jour qu’il allait percevoir sa solde de capitaine, il se trouva rencontrer un autre capitaine, qui lui était célibataire. Devant les montants des soldes qui étaient identiques, le célibataire remarqua qu’il y avait quelque chose d’injuste, puisque la même somme était censée faire vivre un célibataire sans charge de famille, d’une part, et un famille nombreuse d’autre part. Le Capitaine Maire reconnut qu’effectivement c’était le sort des familles de faire vivre le pays, alors que le pays les laissait mourir de faim. « Elles sont les éternelles créancières de la nation » ajouta-t-il. Le capitaine célibataire, sensible, allait proposer de l’aider quand il se récria : « je ne demande pas la charité, mais la justice ». Ce célibataire fut le premier des « ligueurs  pour la famille » rassemblés grâce au talent du Capitaine Maire, au long du périple qu’il entreprit alors à travers la France. 

 

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