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Les enfants dans la crise de leurs parents

Par Tony ANATRELLA, psychanalyste

bullet faire face à l'insécurité affective
bullet conséquences psychologiques

bullet conséquences sur les représentations affectives
bullet conclusions

 Les conflits conjugaux mais aussi le divorce ne sont jamais sans effets dans la psychique de l’enfant. Leurs conséquences sont davantage observées aujourd’hui dans la mesure où ces situations de rupture atteignent de nombreux individus.

*  FAIRE FACE A L’INSECURITE AFFECTIVE

L’instabilité croissante des liens familiaux, ponctuée par des divorces de plus en plus nombreux, témoigne d’une certaine déstabilisation de l’individu et de sa difficulté à s’insérer dans l’existence en ne sachant pas traiter les crises autrement qu’à travers des actions de rupture. De nombreux jeunes sont ainsi marqués par des troubles de filiation qui ne les aident pas à acquérir leur identité et à se socialiser.

L’insécurité affective qui envahit de nombreux individus de notre société trouve, pour notre part, son origine dans l’altération du lien primordial de l’enfant à ses parents mais aussi des partenaires conjugaux entre eux qui peuvent douter de la confiance à accorder à l’autre et de sa loyauté. Dans ce contexte on comprend que la fidélité est une représentation en hausse dans les sondages même si dans la pratique amoureuse elle n’a jamais été sous-estimée. Cette fidélité est une modalité nécessaire pour que les adultes mais aussi les enfants puissent s’étayer et développer une parole donnée à partir de laquelle ils se construisent. Or les enfants vivent les crises et les ruptures parentales comme des menaces risquant de miner leur personnalité ou de favoriser leur effondrement même si parfois ils se sentent soulagés de ne plus être soumis aux conflits conjugaux grâce à la séparation de leurs parents.

Selon la personnalité de l’enfant, le conflit conjugal ou la séparation sera plus ou moins accepté et assumé. Le fait de rencontrer d’autres enfants dans la même situation l’aidera à ne pas se considérer comme un cas. A l’inverse, ceux qui vivent sans problèmes avec leurs parents s’inquiètent de leur désunion possible quand ils voient, à l’école, le nombre important d’enfant issus de familles dissociées ou recomposées. Une fille de onze ans est rentrée chez elle en pleurant, le premier jour de son arrivée en classe de sixième : la plus grande partie des élèves étaient dans des situations familiales les plus diverses et elle se demandait si ses parents allaient aussi se séparer. Une autre enfant de cinq ans constatant autour d’elle les séparations des amis de ses parents ou des parents des élèves de la classe de maternelle ne cessait d’interroger son père et sa mère pour savoir quand ils allaient se quitter. Certes nous sommes là devant l’un des paradoxes de la psychologie enfantine qui souhaite à la fois inconsciemment séparer ses parents pour mieux les posséder et redoute leur désunion dans la crainte d’être abandonné. D’autres enfants ne sachant pas comment faire le deuil d’une relation familiale qui n’a pas accompli son oeuvre d’étayage dans leur personnalité, préfèrent la mort de leurs parents. Un père de famille écoutait récemment, tout en lisant son journal, ses enfants discuter avec leurs amis, tous âgés de neuf ans. L’un d’eux affirma : «Moi, je préférerais que mes parents soient morts plutôt que divorcés ». Il n’est pas rare de recevoir des appels de jeunes nous demandant ce qu’ils peuvent faire pour aider leurs parents à ne plus se disputer ou à ne pas se séparer ou comment les décider à venir consulter un spécialiste.

Le clinicien entend les plaintes et les incertitudes de l’enfant confronté aux conflits conjugaux. Il constate également des conduites réactionnelles ou des troubles psychosomatiques. Cependant, la plupart de ces difficultés vécues pendant l’enfance auront fréquemment des effets lors de l’adolescence ou de la vie adulte. Pour un enfant, les conflits conjugaux et la séparation des parents sont des expériences dont les conséquences se manifestent à long terme. Certains peuvent ne pas en subir l’onde de choc, alors que d’autres adopteront d’emblée des conduites réactionnelles. Pour une partie d’entre eux, les problèmes et les tensions se manifesteront plusieurs années après : lors de la crise de l’adolescence, des premières expériences amoureuses ou de la naissance de leur enfant. Il faut âtre tout aussi attentif à l’enfant qui ne semble pas atteint qu’à celui qui vit mal le conflit sur le moment. Les sondages ne rendent pas compte de ce vécu interne vis-à-vis duquel l’individu peut se situer sur le mode du déni et tenir un discours inverse en affirmant bien vivre son expérience. Le cinéaste Pielberg a souvent mis en scène des enfants séparés de leur famille comme dans on film : « L’Empire du Soleil ». Il explique que ce thème lui a été dicté par le divorce de ses parents quand il avait 14 ans. Une blessure d’enfance dont il n’a jamais réussi à guérir. « Le jour où j’ai appris cette séparation, j’ai pleuré et je pleure encore quand j’y pense »..

Si les enfants du divorce développent des troubles du comportement, ils ne présentent pas pour autant des psychopathologies plus importantes que dans le reste de la population juvénile. Ils ne sont pas systématiquement en échec scolaire mais ils peuvent vivre des difficultés liées à la performance et à l’attention intellectuelle et parfois désinvestir leur travail, ne sachant plus pourquoi ni pour qui travailler. Certains passent par des phases de décompensation, dépriment, éprouvent un profond mal-être et d’autres qui perdent leurs points de repères familiaux ont tendance à être davantage insécurisés et, du même coup, à devenir plus agressifs vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres.

Les perturbations que les enfants peuvent vivre viennent surtout des mésententes conjugales. C’est la mésentente et la désunion qui désorganisent l’enfant, dans la mesure où il ne sait plus très bien comment faire confiance à son père et à sa mère. Il les dévalorise dans la mesure où ils ne sont pas capables de résoudre leurs problèmes affectifs ce qui les fragilise..

*  LES CONSEQUENCES PSYCHOLOGIQUES DE LA MESENTENTE

 Les conséquences de la mésentente et de la désunion sur l’enfant peuvent être ramenées à quatre facteurs principaux en sachant qu’il en existe d’autres que nous n’avons pas le temps d’évoquer ici.

1 - l’enfant, pour se construire et pour édifier son unité interne, a besoin de participer à la cohérence parentale.

Si cette cohérence vient à se rompre, l’enfant va vivre un sentiment d’effondrement intérieur. Cette réaction se comprend quand on sait que la relation affective avec les figures parentales fonde l’unité de la psychologie de l’enfant, stabilise son Moi et assure le contact vital avec le monde extérieur : il s’appuie sur cette relation pour exister et trouver des modalités relationnelles avec les autres. Il a besoin de la vérité de sa famille pour accéder à la réalité du monde extérieur. Il intériorise progressivement sa relation sociale dans la mesure où la cohérence et la valeur de sa familiale sont intégrées. Il se construit par le processus d’identification empruntant des aspects psychiques de ses parents (les deux sont indispensables) pour instaurer la sienne. L’enfant a besoin de se situer par rapport au désir et à l’amour que ses parents ont pour lui. Il ne peut obtenir de réponse valable qu’à travers l’amour des parents entre eux puisque l’amour parental ne prend sens qu’à partir de l’amour conjugal. La plupart des parents laissent entendre à travers leur conduite : « Nous nous aimons tellement que nous avons voulu te donner la vie ». L’enfant est rassuré de savoir expérimentalement que ses parents ont pris cette responsabilité pour lui tout en ayant une existence autonome. Fort de cette sécurité il peut plus facilement s’unifier et développer son self, c’est-à-dire son sentiment de continuité et de cohérence avec lui-même. « J’aurais préféré, dit un garçon de 18 ans, que mes parents restent ensemble. Ils ont divorcé j’avais 10 ans, j’ai insisté pour qu’ils reviennent sur leur décision. Ils ont accepté de revivre en couple mais sans se faire aider pour résoudre leurs problèmes, ils se sont à nouveau séparés. Mon enfance a été gâchée. Je reste incertain et insécurisé devant la vie ».

2 - Les parents sont, pour l’enfant, le fondement du réel..

Il apprend la vie en société à partir de son expérience familiale. Il se révèle et découvre au sein d’une relation affective triangulaire le sens des règles de la vie commune et le sens de la loi à partir duquel la liberté s’éveille et se responsabilise. Il est le témoin de la façon dont ses parents sont capables de résoudre les divers problèmes de l’existence à commencer par la vie domestique et ceux de la communication humaine. Il va aussi s’identifier à leur attitude inconsciente face aux réalités tout en ayant une marge de manoeuvre pour les élaborer dans un autre sens.

Mais face aux échecs parentaux un doute risque de se développer chez l’enfant qui se demande : « Vais-je réussir là où mes parents échouent ? ». Ce doute risque d’envahir la plupart de ses fonctions psychiques et l’on remarque chez certains des conduites d’échecs venant confirmer dans la réalité le sentiment premier alors que l’individu serait capable de réussir. D’autres vont tout mettre en oeuvre, parfois au-dessus de leurs moyens, pour réussir. « Mon père va encore divorcer afin de remarier pour la troisième fois, dit un adolescent de 17 ans. Ca me fait mal. C’est à lui de régler ses problèmes mais je voudrais faire quelque chose pour l’aider et je ne sais pas quoi. Je veux avoir de bons résultats scolaires pour lui montrer que je suis capable de réussir et lui donner envie d’en faire autant ». Souvent ces conduites réactionnelles sont coûteuses et épuisantes pour l’enfant et l’adolescent qui, ne parvenant pas à se valoriser à partir de ses parents, cherche à les valoriser afin de ne pas avoir une image de soi trop négative face aux réalités. Il revient aux adultes d’être les médiateurs entre l’enfant et le réel. Or dans ce cas c’est l’inverse qui se produit avec le risque d’une prématuration du moi qui favorise les immaturités ultérieures. L’instabilité du lieu conjugal et l’indifférenciation des identités sexuelles et des rôles parentaux sont aussi des facteurs d’insécurité affective devant le réel. Ils expliquent, en partie, pourquoi des adolescents se précipitent trop tôt dans des relations de couples précoces.

Ils peuvent avoir bénéficié d’une relation parentale solide mais, au décours de l’adolescence, découvrant les modèles affectifs vécus pour les autres adultes ou les représentations sociales qui circulent au sujet du lien amoureux, ils éprouvent inconsciemment une incertitude face à l’immaturité ambiante et cherchent à se rassurer dans des relations pseudo-amoureuses et transitoires. J’ai inventé la notion de « bébé-couple » pour les définir car s’ils éprouvent des sentiments et des attachements, ils ne sont pas encore dans l’ordre de l’amour objectal mais de la recherche de soi à travers l’autre et du besoin d’être soutenus. Autrement dit ne parvenant pas à s’individuer devant les réalités et face à la relative absence des adultes, ils cherchent à se rassurer.

3 - L’enfant se considère souvent, à tort, être la cause des mésententes conjugales.

Il pense que si ses parents se disputent et se séparent, c’est à cause de lui et la plupart du temps il va chercher à réparer la désunion conjugale. J’ai reçu récemment un garçon de 15 ans dont les parents viennent de se séparer. Son père est venu l’accompagner pour la première consultation puis la seconde fois il est revenu accompagné de sa mère. Quand elle est partie il m’a dit : « J’ai demandé à ma mère de venir exprès pour que vous puissiez la voir. Je pouvais venir tout seul, mais comme vous avez vu mon père et maintenant ma mère, j’espère que vous pourrez m’aider à les remettre ensemble ». Un exemple typique d’un enfant qui se vit comme le réparateur et le gardien de l’unité du couple parental. S’il n’y parvient pas, il risque de vivre son échec comme la preuve qu’il est bien la cause de la déliaison de ses parents : à travers les insuffisances de son travail scolaire, des conflits éducatifs qui les opposent ou la jalousie effective dans laquelle ils rivalisent auprès de l’enfant. Il faut souligner ici les effets pervers de la loi Malhuret qui peut faire naître un sentiment de culpabilité chez l’enfant quand il doit choisir un parent contre un autre.

4 - Les parents inspirent une confiance quasi automatique aux enfants, confiance en eux ou (et) en soi qui s’altère ou se perd dans le cas de mésentente et de divorce, parce que les seuls garants pour l’enfant de la vie contre la mort, de l’amour contre l’abandon, de la sécurité contre l’incertitude ce sont les parents. S’ils ne sont pas crédibles alors, pour de nombreuses personnes, peu de choses le seront. A qui faire confiance et que croire quand les parents sont défaillants ? l’enfant s’est appuyé sur eux pour grandir et s’ils viennent à défaillir, il va devoir s’appuyer de plus en plus sur lui-même pour vivre, et progressivement va épuiser ses ressources qui lui feront défaut par la suite pour se développer. On remarque parfois chez les enfants et les adolescents issus de divorces qu’ils manquent d’étayage pour s’appuyer eux-mêmes. Ils donnent l’impression aux adultes qui les observent que pendant l’enfance et la prime adolescence ils savent se débrouiller puis quand ils sont post-adolescents ou jeunes adultes ils s’effondrent parce qu’ils ont épuisé une grande partie de leurs ressources à devoir se protéger et s’adapter à la réalité ; ils n’ont pas pu se nourrir de la présence des adultes. Quand ils se réveillent plus tard, ils se sentent fragiles à l’intérieur d’eux-mêmes et manquent d’étayage et c’est pourquoi des conduites additives, de dépendance, peuvent apparaître à travers la toxicomanie, la boulimie/anorexie et des relations de couples.

 Dans les études qualitatives que nous avons pu effectuer, les relations affectives entre les adultes apparaissent très souvent aux enfants et aux adolescents comme incertaines et fragiles. Ils sont inquiets de voir des adultes divorcer et leur souci est de savoir comment il est possible de durer dans une relation amoureuse là où dans les années soixante/soixante-dix il était de bon ton d’affirmer avant tout engagement que si les partenaires ne s’entendent plus il est possible de divorcer. On admettait ainsi paradoxalement la désunion dans l’union. La plupart des jeunes actuels, passé la période de la psychologie pubertaire qui a une conception partielle et non pas globale de la relation à l’autre, ne se résignent pas à vivre plusieurs vies sentimentales. Ils ne sont pas dupes d’ailleurs de leur expérience sentimentale à leur âge ; ils en connaissent la précarité et recherchent ce qui permet d’authentifier leurs sentiments et une relation amoureuse durable.

Des jeunes ne peuvent pas non plus accepter le modèle du couple qui leur est présenté par les adultes et selon lequel quand ça ne va pas, on se sépare et on divorce. « Mon père divorce pour la seconde fois, dit une adolescente de 18 ans. Ce n’est pas sérieux car à chaque fois qu’il rencontre un obstacle, il l’évite et fuit les problèmes sans vraiment les aborder ». Certains d’entre eux connaissent le coût psychologique et social de ces ruptures, soit chez leurs parents, soit chez des amis, des frères et soeurs, mais également dans leur personne si un copain ou une copine les a abandonnés. Ils ont déjà passé par cette expérience de deuil qu’ils n’ont pas envie de retrouver ailleurs et sont conduits à différer dans le temps, quand ils seront prêts, une réalisation amoureuse..

Les modèles affectifs entretiennent actuellement l’immaturité et imprègnent parfois la vie familiale. Cette attitude correspond au besoin de se maintenir dans les perpétuels recommencements parce que l’on est incapable de vivre et d’évoluer dans une histoire, ce sont les modes de gratification de la sexualité infantile qui seront principalement recherchés, délaissant ceux de la sexualité objectale. Le besoin de recommencer une autre relation, en s’identifiant inconsciemment à l’affectivité juvénile, et en s’y maintenant, présente un autre déni : celui de la maturité. On voit ainsi des hommes ou des femmes qui deviennent amoureux des gens plus jeunes qu’eux, de la génération de leurs propres enfants avec l’illusion de commencer une nouvelle vie parce que l’on ne sait pas évoluer, ni faire face aux mutations des différents âges de la vie et traiter ses crises psychiques et morales. La fin de l’affectivité consiste surtout à mettre en oeuvre ses formes primitives plutôt que d’accéder à toujours plus d’élaboration de la vie relationnelle. L’évolution de l’affectivité est donc freinée au lieu de permettre à ses processus de faire leur travail de maturation. Le plus grave est de croire que la solution aux interrogations affectives se trouve plus dans l’agir que dans la réflexion. C’est le remaniement de l’économie de la libido à l’intérieur de l’appareil psychique qui permet la maturation de la personnalité et non pas l’expérience affective et sexuelle. Les individus voudraient retrouver les éternels recommencements du début de la vie pulsionnelle, d’où le succès d’un film aussi trompeur et inauthentique que l’Amant.

Enfin, l’enfant vit son lien de filiation en interaction avec l’amour conjugal et l’amour parental. C’est pourquoi il éprouve la séparation d’avec ses parents comme une histoire interne d’anéantissement relatif ; un monde s’écroule, il se trouve séparé de ses parents, dans une perte de ses objets aimés que représentent son père et sa mère. Cette perte d’objet est la perte d’un état qui le renvoie à un sentiment d’abandon et à un solitude sans protection : c’est comme s’il perdait, en partie, sa source d’être dont la dissolution l’empêche de résoudre son complexe d’Oedipe parce qu’il risque de chercher des partenaires affectifs à l’image de ceux qu’il a perdu, sans changer son économie affective au cours de l’adolescence. La révolution du complexe d’Oedipe consiste à se séparer et à renoncer à l’exclusivité parentale : en cas de divorce l’enfant ne peut se défaire d’une réalité dont il est déjà séparé. C’est pourquoi, dans bien des cas, il s’agresse lui-même et doute de ses possibilités en devenant vindicatif sur le plan social comme tous ceux qui n’ont pas résolu leur Oedipe social et se complaisent à agresser les institutions et tout ce qui symbolise l’autorité. Ils restent prisonniers d’une sévère castration qu’ils s’infligent eux-mêmes.

La banalisation du divorce, comme tous les phénomènes de rupture du lien social dans nos sociétés dépressives, pose et posera de plus en plus un problème de société. En effet à cause des frustrations qu’il génère, il est source de violences et introduit de la désunion dans le lien primordial de l’enfant à ses parents. Cette déliaison fragilise son self, c’est-à-dire la capacité à être lui-même dans la continuité en assurant sa propre sécurité dans la mesure où il a pu en faire l’expérience grâce à la qualité du lien conjugal. Il est naïf de croire et impertinent de dire, voire d’expliquer à un enfant que papa et maman se séparent et que s’ils ne s’aiment plus, ils continuent de l’aimer lui, leur enfant, pour qu’il accepte cette situation. C’est faire l’impasse sur l’irrationalité de la vie affective et méconnaître que l’amour des parents pour leur enfant passe essentiellement par leur relation et pas uniquement en ligne directe. Dire à un enfant : « papa et maman ne s’aiment plus, mais ils t’aiment encore » est un non sens ! L’enfant est en droit de dire : « Si vous ne vous aimez plus, vous ne pouvez pas m’aimer ! » C’est ainsi que l’enfant vit la rupture. C’est parce que les parents s’aiment que l’enfant se sent aimé et c’est à partir de cette relation d’amour que l’enfant construit son identité. Sinon il va construire une affectivité fragilisée et insécurisée. L’enfant finalement doit organiser sa relation entre le risque d’un amour à symbolique incestueuse et d’un amour conjugal qui n’existe pas, l’enfant ne sait pas, dans ces conditions, ce qu’est un amour parental et encore moins l’amour conjugal : l’amour parental risque d’être vécu comme un amour de séduction.

*  CONCLUSIONS

 La capacité d’affronter les crises et de trouver des solutions qui prennent forme dans le langage avant qu’elles soient dans l’agir mais aussi l’harmonie et l’authenticité des sentiments du couple parental sont déterminants pour le développement affectif de l’enfant. La famille nucléaire a d’ailleurs un pouvoir épanouissant sur les individus plus important que les couples polygames avec des familles multimaternelles où l’enfant doit disperser sa relation d’étayage et ses identifications tout en favorisant des personnalités pas toujours efficaces. Ces familles sont à l’origine de troubles psychologiques nettement supérieurs à ceux occasionnés par la famille nucléaire comme en témoignent de nombreuses études en psychiatrie sociale.

Dans la famille nucléaire l’enfant vit un attachement qui est sécurisant et fortifiant en s’appuyant sur sa mère puis sur ses deux parents. Cette relation donne des personnalités plus efficientes. Mais la perte de cette sécurité de base crée une vulnérabilité qui pourra apparaître plusieurs années après une séparation précoce. C’est en vieillissant et surtout à l’âge adulte que vont se manifester ces carences qui empêchent, parfois, la personnalité de certains de faire face aux âges de la vie(...).

Le divorce est devenu sans doute une solution trop facile, où l’on rompt une relation sans les problèmes réels soient vraiment traités. Si, dans certains cas, la séparation est nécessaire, pour la grande majorité il faut reconnaître qu’elle n’est pas adaptée à leur situation et ne fait qu’accentuel bien des difficultés par la suite. On peut s’en défendre, mais au prix de quelle mauvaise foi ? Il serait urgent de réfléchir à ce fait de société et proposer des moyens (ils existent) aux jeunes comme aux adultes pour savoir identifier et traiter les tensions affectives avec lesquelles ils vivent. Les expériences de rupture sont toujours dangereuses pour les enfants, car ils se trouvent plus exposés aux mouvements affectifs des adultes, moins protégés, et parfois trop impliqués dans leur relation. Lorsque les parents se disputent et se séparent, l’enfant décompense facilement, il devient triste et moins performant dans sa scolarité et sa vie sociale. Il est important de parler avec lui, de verbaliser ce qu’il vit car, en introduisant une rupture en lui, on le fait entrer dans un processus de deuil et, en perdant la cohérence parentale, il perd une partie de lui-même. Il n’aura pas toujours les moyens d’exprimer ce qu’il ressent. La parole de l’enfant dans le conflit ne vient pas toujours nécessairement de lui. Il ne lui est pas toujours facile de parler de ses intérêts sans penser à ses parents, car sa vie psychologique dépend en partie de la leur. Il ne devrait pas être question pour des enfants, d’avoir à intervenir dans les conflits, voire dans le divorce des parents. Ceux qui nous disent : « Après tout, cela ne me regarde pas ! » le devinent bien et ont raison, car ils ne savent pas à quoi correspond l’amour entre deux adultes. Tenir compte de la parole de l’enfant dans le conflit ne consiste pas à lui demander de prendre parti, et encore moins de décider pour les adultes, mais plutôt d’entendre sa souffrance, ce dont il a besoin pour grandir et se nourrir affectivement.

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