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Le divorce nuit à la santé des enfants

 

La souffrance des jeunes en chiffres 

Voilà la première preuve sociologique indiscutable dans une querelle sur la famille qui s'enferrait depuis des années dans l'idéologie.

par Evelyne SULLEROT

 Pour les uns, à la faveur du libéralisme des mœurs, un nouveau modèle familial est né, fondé sur le respect de l'autonomie de chacun et de chacune dans ses choix de vie privée, l'authenticité des sentiments, la recherche de bonheur dans la vie commune. La plasticité permise par ces libertés a donné naissance à des "formes nouvelles" ou "alternatives" de la famille au gré des unions, désunions, réunions.

 La très importante enquête dont il est ici rendu compte a été conduite par le Centre Français d'Education à la Santé (CFES). En 1994 il avait assuré la partie française d'une enquête de l'OMS sur les comportements de santé des 11-15 ans ; en 1996 il avait organisé un séminaire international sur les indicateurs de santé des adolescents. 

.Partant de ces expériences, le CFES a, en 1997, interrogé 4 115 adolescents de 12 à 19 ans sur leurs opinions, attitudes et comportements concernant : la nutrition, les temps de sommeil, l'alcool, le tabac, la consommation de soins et de médicaments, les accidents, la violence, les relations avec leurs pairs et leurs parents, et pour les plus de 15 ans, la consommation de drogue, la sexualité, la "déprime" et le suicide. 

Les résultats de cette enquête d'une ampleur sans précédent ont été croisés avec diverses variables : sexe, âge, importance de la commune, CSP du chef de famille, et "situation familiale". Ont été distingués les jeunes vivant avec leur deux parents ; ou dans un foyer monoparental ; ou dans un foyer recomposé ; ou hors famille. La variable "environnement familial" s'est révélée la plus significativement liée aux comportements de santé. Les auteurs notent que la littérature étrangère donne des résultats similaires et plaident en conclusion pour une "nécessaire reparentalisation".

  Pour les uns, à la faveur du libéralisme des mœurs, un nouveau modèle familial est né, fondé sur le respect de l'autonomie de chacun et de chacune dans ses choix de vie privée, l'authenticité des sentiments, la recherche de bonheur dans la vie commune. La plasticité permise par ces libertés a donné naissance à des "formes nouvelles" ou "alternatives" de la famille au gré des unions, désunions, réunions.

Les résultats de l'enquête :

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 Poids Les jeunes vivant avec leurs deux parents sont plus souvent satisfaits de leurs poids, sautent moins souvent un repas et pratiquent moins de régimes amaigrissants que les autres. Les jeunes de foyers monoparentaux sont plus souvent obèses et ceux qui se plaignent de l'ambiance des repas familiaux vivent plutôt dans des familles recomposées.

 

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 La consommation d'alcool, plus forte chez les garçons, augmente après 15 ans. Le statut social de la famille n'est pas discriminant, mais la composition du foyer l'est : 42% des jeunes de famille recomposée déclarent avoir déjà été ivres, contre 25% de ceux vivant avec leurs deux parents. 

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L'habitude du tabac s'accroît avec l'âge et touche un jeune sur deux à 19 ans - autant les filles que les garçons - davantage les familles de CSP supérieure. "C'est dans les foyers monoparentaux et recomposés qu'il y a plus de jeunes fumeurs et que les jeunes consomment la plus grande quantité de tabac". L'interdiction parentale de fumer y est moins fréquente et moins "ressentie".

 

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Près d'un jeune de 15-19 ans sur deux déclare avoir un(e) partenaire sexuel(le) régulier(e). Parmi ceux et celles qui n'avouent pas de "petit ami", 27,7% déclarent avoir déjà eu des relations sexuelles. L'âge médian - où la moitié des jeunes ont eu leur premier rapport - se situe à 17 ans pour les filles et les garçons. "On constate un statut particulier pour les enfants des foyers recomposés : 70,8% d'entre eux ont déjà eu plusieurs partenaires contre 53,8% de ceux vivant avec leurs deux parents". En outre, ce sont eux qui utilisent le moins le préservatif.

 

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 Près de 50% des 15-19 ans se sont déjà vu proposer une drogue illicite, du cannabis presque toujours. Leur attitude devant cette offre dépend de leur environnement familial et des mises en garde que leurs parents leur ont ou non faites à propos de la drogue. 48% de ceux vivant en famille complète ont refusé d'y goûter contre 40% de ceux issus de foyer monoparental et 30% de ceux vivant en famille recomposée. De plus 40,1 % des adolescents en foyer recomposé déclarent avoir consommé plusieurs fois du cannabis contre 25,1% de ceux des familles complètes. Ceux dont les parents exercent une profession intellectuelle supérieure se laissent davantage tenter que les autres. Et 62,3% des fumeurs de cannabis prétendent que "leurs parents ne sont pas au courant". Pourtant, certains parents "en parlent" et interdisent la drogue : leurs enfants soit refusent, soit n'essaient qu'une fois sans réitérer. Mais ces mises en garde sont plus rares dans les familles éclatées. 

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Après 15 ans, certains jeunes associent parfois plusieurs substances psychoactives : alcool/tabac/cannabis. Il s'agit soit d'expérimentation, soit de consommation déjà régulière. Sans être dépendants, ceux-ci courent le risque de le devenir. La consommation régulière de cannabis, si elle n'est pas en elle-même une dépendance, apparaît liée à tous les symptômes du "mal-être" : échecs scolaires, propension à la dépression, tentatives de suicides. Or, écrivent les auteurs : "le fait de demeurer avec ses parents apparaît comme un élément protecteur de la consommation de substances psychoactives".

 

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 Vivre à l'adolescence dans un foyer monoparental ou recomposé semble également prédisposer à subir ou agir la violence; "Que la violence soit exercée contre autrui ou contre soi-même (tentative de suicide), ces actes ont souvent la double face de recherche identitaire et d'appel à l'autre - parents, éducateurs -. Ils se situent souvent dans la recherche provocatrice de la réaction de l'autre."

Certains de ces adolescents ont raconté que, durant les douze mois précédents, ils avaient été frappés, rackettés ; des filles avaient subi de force des relations sexuelles. Or leur environnement familial apparaît comme un facteur discriminant de leur "victimisation". La violence subie touche plus les enfants de familles déstructurées.

 La violence "agit" également. Les violences commises sur autrui, en groupe ou seul, sont avouées surtout par des garçons, dont le père est plus souvent absent du foyer (12% de cas) que présent au foyer (7% de cas).

Violence subie et violence agie signent le mal-être. Ceux qui en font mention fournissent deux fois plus de candidats au suicide que ceux qui n'y sont pas mêlés. Presque 17% des jeunes de foyers recomposés disent avoir souvent pensé au suicide contre 9,4% des enfants ayant leurs parents présents près d'eux. C'est l'absence de la mère ou le chômage de la mère qui sont le plus en relation avec les pensées suicidaires. Le dialogue instauré avec les parents apparaît comme un rempart contre les idées suicidaires : plus les adolescents se déclarent objets d'estime et d'écoute de la part de leurs parents, moins ils ont d'idées suicidaires, tandis que ceux qui disent "avoir des difficultés à parler à leurs parents" en ont plus fréquemment, ainsi que ceux qui les considèrent comme de piètres éducateurs car "ils oublient les règlements qu'ils ont établis".

 En conclusion de cette enquête, J. Aresnes, psychologue et F. Baudier, médecin écrivent : "Il y a une relation nette entre la rupture familiale et la très grande majorité des comportements déclarés par les adolescents - comportements d'essais, de risque et de violence (…) et expérimentation de substances psycho-actives (…) Cette fragilité est surtout marquée pour les enfants issus de familles recomposées (idéation suicidaire, suicide)". En conséquence, ils préconisent des soutiens aux adolescents qui affrontent ces situations ou même aux enfants plus jeunes, car "les séparations vécues par l'enfant avant 12 ans ont un impact crucial sur son devenir". Enfin, ils souhaitent une réflexion sur les processus et les actions d'aide à la reparentalisation des pères et mères en difficulté avec leurs adolescents. 

Ainsi, voici fini le temps des illusions post 68. Les couples qui se font, se défont, se refont à la recherche du bonheur pour soi ne sont pas parvenus à créer des familles bénéfiques à leurs enfants. Il faut les "reparentaliser". Le diagnostic commence donc d'être fait. On va pouvoir parler de la famille, enfin.

 Article paru dans le n°645 (novembre - décembre 1999) de la revue "Population & Avenir" www.population-avenir.com Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur

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