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Clonage et morale

Quel est le clonage le plus grave ?

L’opinion majoritairement exprimée est que le clonage reproductif est une abomination bien pire que le clonage à visée thérapeutique. Cette hiérarchisation ne va pourtant pas de soi. Elle nous paraît relever des idées reçues qui ne résistent pas à une analyse sereine. Et il ne serait pas impossible qu’elle soit utilisée pour faire passer plus facilement la pilule du clonage (à visée) thérapeutique, sur lequel les travaux sont beaucoup plus avancés.

 Le clonage thérapeutique provoque la formation d’un œuf humain ayant des caractéristiques génétiques identiques à celles d’un malade, pour s’en servir à son profit comme d’un gisement de tissus compatibles, à commencer par les fameuses cellules souches. La destruction de l’œuf ou de l’embryon est programmée à l’avance : son existence éphémère est purement utilitaire. Le fait que cet « être humain potentiel », comme dit le Comité national d’éthique, soit traité comme un moyen, et non pas comme une fin, est donc inscrit dans la démarche biotechnique elle-même.

 Le fondement de l’éthique est de considérer les êtres humains comme des fins en soi, non comme des moyens, et d’agir en conséquence. Il en résulte que le clonage thérapeutique est intrinsèquement inéthique, ou repose sur la conviction que l’œuf humain ne relève pas de la condition humaine. Ceux qui pratiquent ou promeuvent ce clonage sont dans une situation très voisine de ceux qui pratiquent ou promeuvent l’IVG : dans les deux situations, ou bien l’on fait peu de cas de la vie humaine, ou bien on considère que la vie d’un petit d’homme ne commence à être humaine que tant de semaines après la conception.

 Quelle est la robustesse de cette seconde perspective ? Admettons l’hypothèse d’un processus continu d’humanisation, depuis la conception jusqu’à ce que l’on mérite pleinement le titre d’homme. Problème : quand atteint-on ce stade ? Et si l’on a déjà en soi quelque chose d’humain, sans être encore pleinement homme, n’a-t-on pas droit au respect ? Dans la Genèse, Abraham marchande avec Dieu à propos du châtiment de Sodome, et Dieu accepte de ne pas détruire la ville s’il s’y trouve ne fut-ce que dix justes.

 Le clonage reproductif ne détruit pas l’œuf humain. Il ne nie pas son humanité comme le fait le clonage thérapeutique. Certes, il peut être utilisé à des fins mauvaises : désir exacerbé de se reproduire à l’identique, fabrication en série d’hommes destinés à accomplir des tâches subalternes, etc. De plus, le bébé n’aura qu’un parent, ce qui est loin d’être l’idéal pour lui, et un parent génétiquement identique à lui, ce qui peut poser de sérieux problèmes psychologiques, existentiels. On serait donc bien inspiré de s’en abstenir. Mais, intrinsèquement, le clonage reproductif consiste à donner la vie. Il est à rapprocher de la « prouesse » consistant à faire porter un enfant par une femme de soixante ans : c’est d’ailleurs le même docteur Antinori qui fait les deux bêtises avec un grand battage médiatique. Ces idioties ne doivent certes pas être encouragées ; il ne faut pas pour autant les mettre sur le même plan que l’instrumentalisation de l’œuf humain qui est dans la nature même du clonage thérapeutique.

 Alors pourquoi s’écrie-t-on de toute part que le clonage reproductif est l’abomination de la désolation, tandis que le clonage thérapeutique, convenablement « encadré », serait acceptable ?

 La plupart le répètent par mimétisme. Mais d’où vient l’idée ? Cherchons à qui elle profite. Les scientifiques qui veulent faire joujou, les organismes (à but lucratif ou non) qui veulent développer leurs activités, et les malades actuels et potentiels, ont fortement intérêt à ce que le clonage thérapeutique soit autorisé, alors que le clonage reproductif est pour eux un enjeu mineur. Dans la négociation en cours, ils leur faut bien accorder quelque satisfactions aux lobbies moraux. Sacrifier l’enjeu mineur - le clonage reproductif, dûment diabolisé pour le valoriser dans la négociation - pour obtenir satisfaction sur l’enjeu majeur, est une tactique fort habile.

 D’autant plus habile qu’elle permet aux législateurs, et plus généralement aux hommes politiques, de montrer leur « fermeté » en interdisant le petit morceau qui a été diabolisé, et d’autoriser sous une forme réglementée le gros morceau qui, horresco referens, a été absout.

Jacques BICHOT, président d'honneur de l'UFE  

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